Numergy et Cloudwatt : Le cloud souverain made in France peut-il électriser le marché ?

mardi 8 janvier 2013

Bien que de nombreux freins à l'adoption persistent, tous les indicateurs semblent démontrer que le marché du cloud va connaître une croissance significative dans les prochaines années. Cette nouvelle année débute avec la naissance en France de deux grands acteurs sur le marché du cloud : Numergy et Cloudwatt. Avec des datacenters localisés en France, le cloud souverain à la française peut-il changer la donne ? Le cabinet de conseil en transformation des entreprises Kurt Salmon nous livre son analyse.

Selon Gartner, le marché du cloud, en particulier celui des services d'infrastructures (Infrastructure-as-a-Service) a connu une croissance de 45,4% en 2012 avec près de 6,2 Md$ et des perspectives toutes aussi bonnes. Dans le même temps, de nombreuses études font état de freins à l'adoption qui subsistent, comme la sécurité mais aussi la maîtrise du SI, la réversibilité, le niveau de service ou l'interopérabilité.

C'est dans ce contexte prometteur mais en maturation que Numergy et Cloudwatt lancent leurs offres (Numergy compte déjà la Mairie de Paris comme client et Cloudwatt a présenté ses offres en version beta début décembre). Issus d’un appel à projet de l'Etat afin de créer un "cloud souverain", ces deux consortiums comptent comme actionnaires la Caisse des Dépôts et des industriels français (Orange et Thales pour Cloudwatt, SFR et Bull pour Numergy). Si leurs offres ne sont pas communiquées, leurs stratégies marketing sont clairement axées sur la sécurité des données et leurs localisations sur le territoire français.

En toile de fonds, c'est l'ombre de l'USA Patriot Act qui sert « d'épouvantail » pour les candidats aux offres américaines. Cela accorde à l'Etat américain un droit de regard sur les données des entreprises américaines et leurs filiales, quelles que soient leurs localisations. Sur le papier, les risques semblent importants. En pratique, les Etats-Unis restent un état de droit et compte-tenu des enjeux, des acteurs comme Amazon n'ont certainement pas envie de risquer leur crédibilité en diffusant à tout va les données de leurs clients …

Argument pertinent pour certains besoins, la localisation des données et la nationalité du prestataire ne sont qu'un des critères. Ces deux conditions apparaissent indispensables pour déporter certaines applications : les données relatives à la défense et la sécurité du territoire pour le public ou toutes données stratégiques pour le privé. Quant aux autres besoins qu'en est-il ? "Les entreprises doivent avoir une vision de leurs données segmentées par niveau de sensibilité et de risques. On ne propulse pas dans les nuages la gestion de parc informatique et la gestion budgétaire de la même manière ! Nos clients nous indiquent que la sécurité des données est un critère certes important mais que ce n'est pas le seul. Fiabilité et pérennité du fournisseur, coût total sur l'ensemble du cycle de vie (transition, exécution et réversibilité du service), flexibilité et agilité du modèle (scalabilité technique et opérationnelle, souplesse contractuelle) et portée géographique sont autant de points qui rentrent en ligne de compte.» explique Fabrice Barros, consultant chez Kurt Salmon.

La récente décision du Conseil Régional de Bretagne confirme cette orientation du marché. Il a en effet retenu fin novembre l'offre IaaS d'Amazon pour « déporter » une partie de ses infrastructures. Localisée en Irlande, la plateforme couvre des applications non critiques de la collectivité territoriale.
La pertinence de leur business model sera à démontrer. Si la guerre du cloud IaaS se positionne aussi sur le terrain des coûts alors l'un des facteurs clé de succès sera la taille critique et une structure de coût très réduite. A ce jeu là, difficile de concurrencer des entreprises internationales profitant de leurs infrastructures existantes, souvent dans des pays où les coûts de main d'œuvre sont bas, pour proposer des services cloud ! D’autant que le soutient de l’Etat, même justifié par une volonté d’émulation, à ces deux projets concurrents et aux ambitions « uniquement » européennes ne va pas dans le sens de la concentration et des économies d’échelle.

La réussite de ces nouveaux venus passe peut-être par une différenciation par la valeur. Numergy et Cloudwatt affichent tous les deux des objectifs ambitieux (entre 450 et 500 M€ de chiffres d’affaires en 2016/2017). Pour tenir leurs objectifs, le seul argument de la « souveraineté » ne sera pas suffisant et tenter de se différencier par les prix risque d'être difficile. Pourquoi alors ne pas proposer, en propre ou par le biais de partenariats forts, des services à plus forte valeur ajoutée ciblant les spécificités existant sur le marché européen ? La gestion de la paie en France est, par exemple, un processus complexe. Une gestion de paie en mode SaaS (Software-as-a-Service) ou BPaaS (Business-Process-as-a-Service) avec des données localisées en France permettrait de se démarquer.

Pour l'heure, en l’attente de plus d'informations sur leurs offres, il est prématuré de dire si Numergy et Cloudwatt pourront bousculer voire électriser un marché où de nombreux concurrents sont déjà positionnés.

Source : http://www.gartner.com/it/page.jsp?id=2163616

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Les commentaires

Un tout petit peu de recul semble nécessaire pour accorder du crédit aux annonces de KSA, non ?
Servir la soupe d'un cabinet américain qui n'a aucune connaissance de ce que l'on est en train de mettre en place, qui est partie prenante et qui défend le Patriot Act (je vous renvoie vers l'étude néerlandaise des fuites et dangers possibles : http://papers.ssrn.com/sol3/papers.cfm?abstract_id=2181534) est bizarre dans cette grande bataille en cours. Les offres à venir vont apporter tous les éléments de confirmation que "France and Europe are back". Même si cela ne plait pas à tous.
La Bretagne a fait le bon choix ... au mois de décembre dernier alors que manifestement ils n'ont pas trouvé d'alternatives crédibles de Cloud en France ... Cela va changer !
Et vous connaissez la citation de Churchill : "You have enemies? Good. That means you've stood up for something, sometime in your life."
Belle journée.
L'équipe Cloudwatt.
www.cloudwatt.com

Par Pierre Paperon le 09/01/2013 à 02:03

Vous écrivez concernant le Patriot Act : "des acteurs comme Amazon n'ont certainement pas envie de risquer leur crédibilité en diffusant à tout va les données de leurs clients".

En fait, le Patriot Act est une loi inopposable pour Amazon et pour toute société américaine ou ses filiales qui refuserait de fournir les données, sur simple demande. La loi leur impose de surcroît de ne pas en informer leurs clients.

Toutes les données ne sont pas sensibles au point que cela pose problème aux clients, mais dès lors que des données à caractère personnel sont concernées (ex: toute application manipulant des données d'annuaires utilisateurs), les dispositions du Patriot Act violent frontalement la loi Française et Européennes sur la protection des données. Ceci est confirmé par des avocats et juristes spécialistes de la question. Beaucoup d'éducation reste à faire sur le sujet pour que les clients fassent leur meilleur choix dans leur contexte, en connaissance de cause en termes d'exposition juridique ...

Liens utiles :
- Avis d'expert : http://bit.ly/LiCGJL
- Recommandations CNIL : http://t.co/qgrhHvad

Par Gildas Leroy le 09/01/2013 à 12:43

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