Cadres : les salaires de l'informatique et des télécoms à la peine

mardi 2 septembre 2014

Alors que les salaires de la Silicon Valley enregistrent une forte hausse (18,9% en 2013 selon l'étude du cabinet JLL) avec des stagiaires touchant, mensuellement chez Facebook ou Google, 5 800 dollars en moyenne, les salaires des cadres français progressent timidement de 0,9 %. Tel est le principal constat de la 12ème édition du Baromètre Expectra, une étude basée sur les salaires réels extraits de 68 800 fiches de paie. Cette hausse, bien que modeste, est supérieure à celle enregistrée l’an passé (+ 0,5 %). Moins d’un point sépare la filière RH & Juridique, la mieux revalorisée avec une hausse de 1,51 %, de la filière Informatique & Télécoms, créditée de la plus faible augmentation constatée en 2014, avec + 0,7 % seulement.


Une telle progression témoigne d’une politique salariale empreinte de prudence, toujours à la peine sous le double coup d’une croissance atone et d’un chômage qui ne recule pas. Ainsi, selon les dernières prévisions – révisées à la baisse –, le PIB ne devrait croître en 2014 que de 0,5 %. Dans ce contexte, la modération salariale reste de rigueur. Preuve supplémentaire du manque d’entrain des salaires cadres, les disparités sectorielles se resserrent. En 2013, l'écart entre les deux filières les plus éloignées était deux fois plus important.

« En 2014, la fiche de paie des cadres affiche une revalorisation supérieure à celle enregistrée un an plus tôt. Ce signal, certes positif, doit toutefois être nuancé. D’une part, la hausse de salaire est faible : + 0,9 %. D’autre part, elle s’inscrit dans un environnement économique hexagonal privé de moteur où la croissance, de ce fait, ne décolle pas. Cette méforme entretient en outre l’inertie de l’inflation qui, à son tour, freine l’évolution des salaires. Ainsi, grandes entreprises et PME n’ont souvent d’autre choix que d’adopter des politiques salariales prudentes, marquées du sceau de la maîtrise des coûts. Les salaires des cadres ne devraient retrouver vigueur et dynamisme qu’à la faveur d’un retour de la croissance », déclare Didier Gaillard, directeur général d’Expectra.

Comment expliquer cette croissance atone ?

Plusieurs facteurs interviennent. Le premier d’entre eux est la conjoncture. Dans une note publiée en juin, l’Insee notait que « la croissance [revenait] mais ne [décollait] pas ». L’évolution du PIB au deuxième trimestre ne dément pas ce constat, confortant au contraire le diagnostic d’une économie à l’arrêt. De janvier à juin, la France a ainsi enchaîné deux trimestres de croissance nulle (+ 0,0 %). Un sur-place qui rend caduc les espoirs d’une croissance à 1 % sur l’ensemble de l’année – les pouvoirs publics tablent désormais sur une hausse du PIB « de l’ordre de 0,5 % ».
Deuxième facteur d’explication : les effets sur l’emploi de cette conjoncture moribonde. Sans surprise, l’Insee estime que « la faiblesse de la croissance en France ne permet pas d’anticiper de franche amélioration sur le front de l’emploi ». Résultat, le taux de chômage devrait augmenter « légèrement d’ici la fin de l’année, à 10,2 % sur l’ensemble de la France ». Une prévision que semble conforter la destruction, au premier semestre, de 6 400 emplois dans le secteur marchand. Cette toile de fond, naturellement, est défavorable aux salariés – cadres ou pas – qui voient leur pouvoir de négociation salariale réduit face aux employeurs.
Autre cause, l’inflation. L’indice des prix à la consommation n’a cru en juillet que de 0,5 % sur un an. Cette augmentation, inférieure à la progression du salaire des cadres, signifie un léger gain de pouvoir d’achat pour ces derniers.
Il est possible d’ajouter à cette liste non exhaustive les gains de productivité. La recherche de gains de productivité est l’un des principaux relais de croissance pour les entreprises. En France, faute de pouvoir s’appuyer sur une conjoncture dynamique, les entreprises sont contraintes d’actionner d’autres leviers pour préserver leur compétitivité, estime Expectra. L’un d’eux consiste en une revalorisation salariale limitée. En effet, si les salaires augmentent plus vite que la productivité, les marges des entreprises se détériorent. Or, c’est précisément la situation que connaît l’Hexagone depuis 2009, comme le rappelle une note du CAE. Dans ce contexte, la faible revalorisation des salaires cadres peut se lire comme une réponse à la divergence salaire / productivité et, in fine, comme un moyen de regagner un peu de compétitivité.

Les 10 meilleures progressions de salaire au plan national

Alors qu’en 2013 les ingénieurs de la filière IT (Informatique & Télécoms) s’arrogeaient les trois premières places, le classement 2014 laisse la place à un podium hétérogène. Trois qualifications issues de secteurs différents occupent le trio de tête des plus fortes hausses de salaires chez les cadres : le commerce (chef de produit f/h, + 5,6 %), la comptabilité (responsable comptabilité f/h, + 4,5 %) et l’industrie (ingénieur méthodes f/h, + 3,8 %).





Informatique & Télécoms

Renversement de tendance pour la filière IT. Alors qu’elle affichait, il y a un an, la meilleure revalorisation sectorielle (+ 1,8 % en 2013 par rapport à 2012), l’IT ferme le ban en 2014, avec une augmentation de 0,7 % sur un an. Cette faible progression reflète la croissance du chiffre d’affaires du secteur, attendue sur l’ensemble de l’année à seulement 1,1 %, selon les prévisions du Syntec numérique.

Même si les niveaux de maturité sont différents et les besoins disparates selon les entreprises, le secteur IT est caractérisé par trois projets phares : le Cloud computing (cf. zoom métier), la mobilité et le Big Data.

Alors que les projets liés à la mobilité bénéficient de l’engouement autour des applications, le Big Data entre lui en phase de maturation dans les entreprises. En jeu, le déploiement de solutions nécessitant une expertise métiers en termes de logiciels, d’infrastructures et de systèmes de gestion en base de données. Dans ce contexte, les ingénieurs en développement sont courtisés, mais également les chefs de projet infrastructure et consultants décisionnels. Si les salaires ne sont pas significativement en hausse pour ces deux derniers métiers, un grand nombre d’opportunités de recrutement s’offrent à eux, en hausse respective de 15 % et 10 %.

Zoom métier : Architecte technique F/H

Il est celui dont le salaire a le mieux progressé dans la filière IT en 2014, avec une hausse de 3,3 % – et un salaire médian de 44 610 €. Sa rémunération est tirée par les deux principaux enjeux relatifs au Cloud computing, l’accès optimisé aux données et la sécurité.

Notons également que les employeurs attendent également des architectes techniques une montée en compétences en matière de management de projets, d’assistance à maîtrise d’ouvrage, d’architecture ou encore de pilotage de contrat. Le Cloud computing étant en effet une forme d’externalisation, l’acquisition de compétences managériales, techniques et juridiques devient incontournable.


Commercial & Marketing

La filière enregistre la deuxième meilleure performance cette année, avec une hausse des salaires cadres de 1,29 % par rapport à 2013 (+ 0,4 % en 2013 par rapport à 2012). Cette dynamique salariale traduit un contexte économique exigeant, où le savoir-être et un savoir-faire spécifique sont l’alpha et l’oméga des métiers du commercial et du marketing.

Les métiers commerciaux à l’abri de la crise ? Dans un contexte économique atone, il est vrai que les entreprises ont tendance à préserver leurs forces commerciales. Car à défaut de pouvoir lancer de nouveaux projets, elles intensifient leurs efforts commerciaux sur les produits et les services qu’elles proposent déjà. Outre cet aspect conjoncturel, une concurrence vive contribue à doper les rémunérations. D’où la nécessité pour les salariés du secteur de développer une expertise fine non seulement sur un secteur d’activité, mais aussi sur un produit.
Côté marketing, le secteur est aux prises avec deux « révolutions » : le développement continu du Big Data et l’exploitation des données disponibles pour mieux comprendre son marché et connaître ses clients. Le digital, désormais en phase mature, est incontournable dans le marketing opérationnel.


Zoom métier : Chef de produit F/H

Avec + 5,6 % de hausse de salaire et un salaire médian de 41 370 €, le chef de produit marketing enregistre la meilleure performance cette année. Cette plus-value est surtout la conséquence d’une exigence plus forte en termes d’expérience, et de compétences.

Les entreprises sont prêtes à consentir un effort sur les salaires dès lors que le profil répond aux exigences demandées, comme par exemple :

> Une expérience de 5 à 6 dont 2 ans chez un pure player du web ou du marché des technologies ainsi qu’une expérience du multicanal.

> Une très bonne connaissance d’un secteur d’activité

> Une bonne maîtrise des outils (Excel ou analytics) pour l’analyse de données opérationnelles

> Une très bonne maîtrise de l’anglais pour bien communiquer dans un environnement international

A noter également que les chefs de projet webmarketing, malgré des rémunérations restées stables (salaire médian de 38 590 €), profitent de la dynamique liée au web et au digital, avec un nombre d’opportunités en hausse de 20 %.

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