Industrie du logiciel et baisse de la délocalisation,
Par Arnaud Lambert, Président de Treeptik

mardi 17 novembre 2015

Les grandes filières du numérique sont les fabricants de matériels, les opérateurs Télécoms et l'industrie du logiciel. Les deux premiers ont opéré une succession de mues au gré des évolutions technologiques qui sont apparues au fil des années. La troisième, celle de l'industrie du logiciel, fonctionne encore aujourd'hui avec des processus et des méthodes qui datent de plusieurs décennies, ce qui est de moins en moins accepté par les donneurs d'ordres que sont les clients de cette économie.

Selon le Syntec Numérique, premier syndicat professionnel de l'écosystème numérique français, les trois acteurs dominants de l'industrie du logiciel sont les ESN ou Entreprises de Services Numériques, autrefois appelées les "SSII", les éditeurs de logiciels et les entreprises du Web. Pour ces trois acteurs, la problématique est toujours la même : comment créer des logiciels plus rapidement et à moindre coût ?
Force est de constater que la solution peine à être trouvée. Depuis des années, des méthodes de production (souvent délocalisée) ou des outils innovants comme ces fameuses "forge logicielles" ont été testées, sans que les clients finaux n'en voient d'effet sur leurs factures ou dans les délais d'exécution. Pire encore, c'est même le niveau de corrélation entre la demande de ces clients et le produit fini qui a baissé avec l'arrivée de ces "innovations".

L’avènement du Cloud et l’émergence de la mouvance DevOps

L'avènement du Cloud est la résultante d'un tir croisé venant de différentes sources : la volonté latente de moderniser le développement de logiciel, la prise en compte - enfin - du client dans l'élaboration même des logiciels, la généralisation des méthodes dites "agiles" de développement, la mise à disposition de plateformes et de technologies "à la demande" et surtout, l'émergence d'une mouvance née en 2009 et qui trouve son apogée en 2015 : la mouvance DevOps.

"Dev" pour "Développeurs" et "Ops" pour "Opérationnels". Les premiers ont pour mission de créer de nouveaux logiciels ou de nouvelles applications. Les seconds ont pour rôle de veiller à ce que les logiciels et applications existants soient maintenus en permanence en conditions opérationnelles, c'est à dire qu'ils fonctionnent tout simplement.

De tous temps, ces deux fonctions inhérentes à l'industrie du logiciel étaient clairement opposées. Les développeurs apparaissant aux yeux des opérationnels comme de jeunes fous parasitant les systèmes d'information avec des applications non maintenables. Les opérationnels apparaissant aux yeux des développeurs comme de vieux fossiles hermétiques à toute forme de nouveautés et freinant toujours l'intégration des nouvelles technologies.

L'objectif de DevOps est de rapprocher ces deux mondes qui ne se parlent pas en leur proposant des outils que chacun pourra appréhender et dans lesquels ils vont trouver tout ce qui leur manque aujourd'hui. Le développeur va être libéré des contraintes liées aux environnements d'exécution des logiciels qu'il développe et l'opérationnel va pouvoir accueillir en toute sérénité les nouvelles applications car elles seront passées par un processus qu'il aura lui-même bâti et en qui il aura toute confiance. Ces deux mondes deviennent donc totalement décloisonnés et la magie permet même de voir des équipes mixtes travailler sur les mêmes projets, ce qui était totalement exclu il n'y a pas si longtemps.

Le Paas : impacts sur la productivité et sur les coûts

Il ne pourrait y avoir de DevOps sans le Cloud Computing. Ce Cloud qui nous laisse croire que c'est une technologie récente alors qu'en y regardant de plus près, le Cloud, c’est :
d’un côté le stockage de données et l'hébergement d'applications (IaaS) (OVH, ASP Server et consors faisaient ça très bien il y a 15 ans !), de l'autre, la mise à disposition de logiciels métiers sur internet (SaaS) : n'est-ce pas cela que l'on appelle une application web tout simplement ?

Non, ce ne sont pas le IaaS ni le SaaS qui font qu'aujourd'hui le Cloud Computing prend tout son essor. C'est plutôt la troisième nomenclature du Cloud qui le permet, celle du milieu, celle qui permet de faire fonctionner des logiciels SaaS sur des infrastructures IaaS : on l'appelle le PaaS ou Platform as a Service.

Le PaaS est une conséquence directe de DevOps. C'est le monde qui n'existait pas auparavant et dans lequel les développeurs de logiciels (SaaS) et les responsables des infrastructures (IaaS) travaillent ensemble. Le PaaS, c'est l'outillage que les développeurs et les opérationnels ont bâti ensemble pour que l'industrie du logiciel gagne en productivité et en qualité. Ce PaaS qui permet aujourd'hui de réaliser des économies substantielles sur les coûts de développement ainsi que sur les délais de mise sur le marché. C'est ce PaaS qui remet clairement en cause les velléités de délocalisation que pouvaient avoir certains grands acteurs du numérique comme les ESN en particulier. Le PaaS pourrait, selon toutes les études du secteur (IDC, Gartner, Forrester) permettre de réduire de 30% le temps de mise sur le marché d'un logiciel, baisser de plus de 25% les budget des DSI, d'apporter un niveau de qualité et de robustesse plus élevé et enfin de favoriser l'innovation et la créativité.

Le fonctionnement d’un PaaS

Pour l'industrie du logiciel, la donnée critique, c'est le temps. Il détermine le budget d'un projet. Pour gagner sur ce budget, soit on réduit le temps, soit on réduit le coût du temps.

Le temps, c'est la charge de travail en jour/homme à laquelle on ajoute les temps liés aux processus (méthodes Merise, UML ou agiles). La charge de travail est incompressible, c'est un fait. Donc, si on veut réduire le temps, il faut trouver de nouvelles méthodes plus rapides.

Le coût, c'est le salaire des "hommes". Faire développer un logiciel en France ou en Europe plus généralement, ça coûte cher à cause du coût du travail. Le faire dans un Pays d'Europe de l'Est ou d'Afrique du Nord, c'est 30% moins cher (on appelle cela "le near-shore"). Le faire en Chine, en Inde ou au Viet-Nam, c'est 50% moins cher (on appelle cela "l'off-shore").

Jusqu'à aujourd'hui, les projets informatiques étaient tous réalisés selon des méthodes traditionnelles de type Merise, UML ou Scrum, consommatrices de temps. Le seul levier pour réduire le coût global était donc d'aller chercher la main d'œuvre la moins chère, quitte à se confronter à d'autres problèmes (langue, culture, horaires, code du travail, droit social ...).

Beaucoup de sociétés du numérique s'y sont essayées et beaucoup en sont revenues car elles ont perdu beaucoup d'argent. Vraiment beaucoup d'argent. Il semble que l'on préfère payer plus cher mais être certains de livrer des applications conformes à la demande client dans les délais prévus. Le constat d'aujourd'hui pourrait donc être qu'il n'est pas possible de faire des économies sur les projets informatiques et donc qu'il faut encore pour les clients se contenter de ne réaliser que ceux qui sont prioritaires, sans apport d'innovation ?

Moteur de l’innovation et de la créativité

Aujourd'hui, avec le PaaS, nous disposons d'un outil qui nous fait gagner du temps, non pas sur la charge de développement (incompressible) mais sur les processus. Cette économie peut être de 30%, ce qui la met au même niveau que le near-shore. Plus besoin de délocaliser en Europe de l'Est ou en Afrique du Nord. Et là ou avant l'off-shore divisait le budget par deux avec tous les risques induits, celui-ci ne réduit plus que de 28% le coût global par rapport au coût d'un projet bâti sur un PaaS. Le risque de l'off-shore n'en vaut donc plus la chandelle.

C'est en cela que le PaaS permet de lutter contre la délocalisation et par là même encourage l'innovation et la créativité. Ce n'est pas une évolution des processus, c'est une révolution qui est en marche et qui va bouleverser les équilibres de cette industrie vieillissante du logiciel, preuve en est l'agitation actuelle des "majors" comme IBM, Microsoft et Oracle qui se sont tous trois mis à genoux devant le trublion Docker, pur produit de la mouvance DevOps, qui va enfin permettre la réalisation de la plus grande utopie du Monde de l'informatique : l'interopérabilité des systèmes et des applications !

Soit dit en passant : Docker est né dans un sous-sol Français et Docker est devenu une pépite américaine, malheureusement, faute de financeurs bleu-blanc-rouge. S'il vous plaît, Messieurs et Mesdames des prestigieux fonds tricolores, ne laissez pas partir les prochains Frenchies qui ont une idée géniale !


A propos :
Treeptik est une entreprise innovante de services du numérique créée en 2011 et basée sur Aix en Provence. Elle édite le 1erPaaS Java Open Source : CloudUnit. Issue du Pôle R&D de l’entreprise, la plateforme permet de déployer des applications dans le Cloud, sur des mobiles ou des objets connectés, sans se soucier de leur compatibilité (Windows, Android, iOS, Linux…).
Sa version Open Source, sa spécialisation Java et son offre adaptée aux petites et moyennes entreprises rendent CloudUnit unique sur le marché du PaaS, aux côtés des grands acteurs du marché tels que IBMBluemix, Oracle Cloud et Red Hat Openshift. Treeptik est actuellement en recherche de financement : une levée de fonds de 2,6 M € est prévue début 2016.
 

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