Quinze organisations dénoncent l'accord entre Microsoft et le ministère de l'Education nationale

jeudi 3 décembre 2015

Lundi 30 novembre 2015, la ministre de l'Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la recherche Najat Vallaud-Belkacem a annoncé la signature d'un accord de partenariat entre Microsoft et son ministère. Microsoft s'engage à investir sur 18 mois quelque 13 millions d'euros dédiés à l'accompagnement des enseignants, à « la mise à disposition de plateformes collaboratives », ainsi qu'à l'apprentissage du code informatique. L'éditeur promet aussi de mettre à disposition gratuitement ses principaux outils bureautiques, offrant un accès à Office 365 pour tous les établissements scolaires le souhaitant, pour peu qu'ils soient bien intégrés au Plan Numérique à l'Ecole.

L'April est à l'origine d'un communiqué de presse dans lequel plusieurs organisations* (dont des syndicats d'enseignants) dénoncent une collusion d'intérêts : ce partenariat prévoit de présenter une fois de plus aux élèves un logiciel privateur et des formats fermés comme seuls outils incontournables et par voie de conséquence la dépendance comme modèle à adopter. Tout cela tend à renforcer la position dominante de l'entreprise américaine, au détriment des logiciels libres et des formats ouverts, qui pourtant respectent les principes élémentaires de neutralité et
d'interopérabilité.

Rémi Boulle, vice-président de l'April et professeur de mathématiques, a déclaré « C'est ahurissant, nous sortons de la consultation République Numérique qui a classé le logiciel libre et les formats ouverts dans les principales propositions des citoyens et là, nous apprenons qu'à l'école la République Numérique s'appelle Microsoft et Cisco, c'est le retour des années 90 ! ».
Frédéric Couchet, délégué général de l'April, a ajouté « Cela fait des années que les PDG successifs de Microsoft – Bill Gates, Steve Ballmer et encore récemment Satya Nadella – sont reçus comme des chefs d'État par les plus hautes autorités françaises. Et aujourd'hui, une fois de plus, on voit le résultat déplorable, notamment pour la jeunesse, de ce lobbying ».

Du côté de l'AFULL, on précise que le texte intégral de l'accord présente " plusieurs axes, dont la formation des enseignants à la maîtrise des environnements Microsoft en classe, la mise à disposition d'un écosystème Cloud, d'une plateforme de formation à distance. L'apprentissage du code à l'école se fera aussi sous l'égide de l'entreprise étasunienne. C'est donc une véritable mise sous tutelle de l'informatique à l'école, réalisée de plus sans consultation des acteurs de l'éducation, y compris en interne ".

Et de souligner que " au sein de cet accord, aucune prise en considération du travail des personnels de terrain, des enseignants, des chercheurs, des étudiants n'a été prévue par les parties. Ceux-ci, pourtant les plus au fait des besoins des élèves, de leur administration et des contraintes liées au partage des données dans leurs établissements, ont accumulé un savoir-faire considérable que l'accord prévoit purement et simplement d'ignorer pour former les cadres et les enseignants aux technologies qu'ils voudraient imposer. De même, l'appel en faveur des formats ouverts dans l'éducation a été soutenu par des associations professionnelles d'enseignants, des syndicats, des entreprises, des individus, mais a été ici mis de côté ".

" Ce partenariat est d'autant plus regrettable qu'il va à l'encontre des objectifs de l'école, et témoigne d'une absence de volonté politique de promouvoir la diffusion et l'appropriation par tous de la connaissance et des savoirs, conclut l'AFULL. Une volonté politique affirmée aurait pourtant pu mettre en avant des solutions en logiciel libre, respectueuses des libertés de chacun, des standards ouverts et de l'interopérabilité qui permettent aux élèves de progresser en informatique sans enfermement technologique. Cette proposition fait d'ailleurs partie des plus soutenues de la consultation sur l'avant projet de loi République Numérique d'Axelle Lemaire. L'école va devenir une fabrique d'inégalité, l'argent servant par la suite de discriminant dans le choix des logiciels et des services ".

* Les organisations signatrices :
April
Adullact
AFUL
CNLL
framasoft
FSFE (Free Software Foundation Europe)
FSF France
SEP-UNSA
CGT Éduc'Action
Association Enseignement Public & Informatique (EPI)
Fédération SUD Éducation
SGEN-CFDT
AbulÉdu-fr
La Mouette
Fédération des Enseignants Documentalistes de l'Éducation Nationale (FADBEN).

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