Quand les nouvelles technologies viennent au secours du monde agricole

vendredi 3 mars 2017

Après un recul de 5,5% de leur revenu net à 13,5 milliards d’euros en 2016, les agriculteurs français s’efforcent en permanence de gagner en productivité. Ils cherchent également à assurer la rentabilité et l’attractivité de leur métier dans des conditions moins pénibles pour eux mais aussi à favoriser une agriculture plus respectueuse de l’environnement. Et les nouvelles technologies agricoles sont évidemment une des pistes à creuser...

Après l’adoption massive des systèmes d’autoguidage pour tracteurs, les robots, les services de télédétection ou les systèmes d’aide à la décision gagnent peu à peu du terrain. Toutefois, les acteurs de l’agriculture de précision devront lever de nombreux freins pour hisser celle-ci au rang de de marché de masse. Si les agrofournisseurs de machines (Claas, John Deere, etc.) et d’intrants (Bayer, Monsanto, etc.) ont une longueur d’avance, les coopératives, les spécialistes des robots ainsi que les nouveaux entrants dans les capteurs et le big data sont en embuscade. 

L'agriculture de précision : un marché de niche
Malgré son potentiel à l’horizon 2020, le marché français de l’agriculture de précision reste encore embryonnaire. Parmi les quatre principaux segments des nouvelles technologies agricoles identifiées par les experts de Xerfi, les systèmes d’autoguidage affichent déjà le meilleur taux de pénétration (40% à 50% des exploitants). Ils sont appelés à se généraliser à moyen terme en raison de leurs avantages économiques, environnementaux et en matière de conditions de travail. Ils ont toutefois un potentiel de croissance limité. L’heure du tracteur autonome n’est en effet pas pour tout de suite. 

La lente arrivée des robots
Dans la catégorie des robots, les robots laitiers (pour la traite), qui équipent moins de 10% des fermes françaises, vont fortement se développer. Encore émergents, les robots de culture (désherbage, binage, etc. ) sont eux aussi promis à un bel avenir, à condition de surmonter les freins techniques. Quant aux robots d’élevage, qui assistent ou remplacent l’exploitant dans l’exécution des tâches à destination du bétail, ils seront les moins plébiscités.

Le drone, un allié indispensable pour les cultivateurs
Les services de télédétection (qui croisent des images obtenues par satellite, par avion ou par drone à des modèles agronomiques) vont pour leur part devenir incontournables dans l’aide au pilotage des cultures, de l’avis des experts de Xerfi. Le modèle économique s’oriente vers une facturation à l’usage, avec des conseils sur le terrain, et l’offre se structure peu à peu.

Des données à exploiter pour prendre les bonnes décisions
Quant aux systèmes d’aide à la décision, ils sont le point culminant des trois segments précédents. L’exploitation et l’analyse des masses de données issues de diverses sources (GPS, robots, télédétection, capteurs, etc.) permettent en effet de proposer des services et logiciels destinés à guider les choix de l’agriculteur. Ces systèmes profiteront de l’engouement pour le big data et d’une offre foisonnante (notamment dans les applications mobiles) avec des solutions à forte valeur ajoutée.

L'heure est à la "coopétition"
Certains opérateurs, aussi bien historiques (agrofournisseurs et coopératives) que nouveaux entrants, peuvent collaborer pour accélérer la diffusion de solutions novatrices pour se hisser au rang de marché de masse. C’est le cas sur le segment des systèmes d’autoguidage où les constructeurs de machines agricoles comme Agco s’appuient sur les technologies des spécialistes du GPS tels que Trimble. La "coopétition" entre les parties prenantes est également la règle dans la télédétection. Airbus Defence & Space s’est ainsi associé à Delta Drone pour compléter son service Farmstar par des données de survol par drones. En revanche, la concurrence fait rage dans la robotique, source d’innovation de rupture, où la domination du trio DeLaval, Lely et GEA dans les robots de traite a poussé les fabricants français à se positionner sur des segments émergents (alimentation, nettoyage...). La compétition est encore plus rude dans l’aide à la décision, déterminante dans la maîtrise de la chaîne de valeur. Certains opérateurs l’ont bien compris, voulant accumuler un maximum de données pour alimenter leurs systèmes et ainsi se rendre incontournables auprès des agriculteurs. John Deere est sans doute le plus avancé en la matière.

Des agriculteurs aux capacités d’investissement limitées
Si les industriels font des efforts pour rendre leurs produits plus accessibles, en baissant les prix ou en proposant une facturation à l’usage, la majorité des solutions (robots, drones, capteurs,...) sont encore trop chères. Et les agriculteurs sont très attentifs au rapport coût/bénéfice des nouveaux équipements. Surtout que la situation financière des exploitants s’est franchement dégradée (75% des céréaliers ont enregistré un revenu nul ou négatif en 2016) avec la chute des prix des produits agricoles et les mauvaises récoltes. Leur capacité d’investissement reste donc limitée. Ce qui pèse sur le marché des agroéquipements.

Vers de nouveaux modes d'acquisition ou d'utilisation
Dans ces conditions, de nouveaux modes d’acquisition ou d’utilisation partagés (CUMA, location, prêt, plateforme d’échanges...) peuvent leur permettre de mutualiser les coûts et ainsi faciliter l’usage des nouvelles technologies. Mettre l’accent sur les préoccupations environnementales peut aussi convaincre les partisans du bio. Mais il faudra encore composer avec les réticences des exploitants aux tracteurs autonomes, par exemple, et avec les craintes des destructions d’emplois potentielles liées à l’utilisation des robots.

Photo DR (La ferme pédagogique - Salon de l'agriculture).

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